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Les Publications de l'Eurydice

Tripot Littéraire & Artistique, Bar Cabaret, Estaminet, Café, Dicentrarchus labrax, Cambuse, Lupanar, fondé le mercredi 2e aoust 1589, à deux heures après minuict à Paris

Mardi - Jeudi : 18h00 - 02:00
Vendredi - Samedi : 18h00 - 04h00
Dimanche - Lundi : Fermé
Paris - Mardi 02 Mars 2021 - page 5

Le Journal de L'Eurydice / 2€

Première Année - N°2 / Dimanche 15 Septembre 2019
Il était une fois un homme
Il était une fois un homme, ni petit ni grand ni vieux ni jeune, ni blond ni brun, ni gros ni maigre, le genre de personnage que l'on croise sans parvenir à se le représenter trois minutes plus tard. Cet homme évanescent aimait les fleurs.
[Extrait]

Il les aimait avec passion au point de leur consacrer sa vie. Il avait une petite maison, entourée d'un immense jardin. Patiemment, il avait retourné la terre, semé les graines, arroser les plants. Puis il avait regarder avec bienveillance les jeunes pousses folles grandir, et les fleurs se développer.
Il les avait ensuite observés se battre pour gagner du terrain, se mêler et mourir, très vite remplacées par de nouvelles générations de nouveaux végétaux. Sa vie se déroulait ainsi paisiblement, absorbée dans la contemplation de sa création, lorsqu'un jeune homme fit irruption chez lui, le dérangeant sans façon alors qu'il était perdu dans un ravissement amoureux face aux dahlias.

YSENDE DEBRAS
La soif du fleuve
[Extrait]

Aujourd'hui c'était le grand jour ! Madeleine n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Toute la nuit elle s'était assoupie à plusieurs reprises, et à plusieurs reprises elle s'était réveillée brusquement, et fébrilement elle avait regardé l'horloge. Non, il n'était pas encore 14h. Elle pouvait se rendormir. Au milieu de toutes ses couvertures, son coeur battait à tout rompre. Elle dirait ceci, elle dirait cela. Il parlait probablement de cela, alors elle pourrait mettre en avant ceci. Où iraient-ils ? Ils se baladeraient certainement au bord du fleuve. Il fait beau temps. Ils riraient sans pouvoir s'arrêter, se chamailleraient pour un oui, pour un non. Alors viendra le moment, où Madeleine prendra son courage à deux mains, parce que c'était pas une mauviette la Madeleine, viendra le moment tant attendu qui lie tous les destins, le premier baiser. Leurs lèvres se rencontreront, et leurs têtes chavireront. Un frisson se répand dans tout leur corps de la tête au petit orteil. Une vague de chaleur à nulle autre pareille assèche la gorge.

Et alors tout, absolument tout aura changé. Ils se quitteront le soir avec regret, l'âme en peine. Ils se jureront de se voir le lendemain et le surlendemain. Les amants se feront des promesses de toute éternité. Ils feront le tour du monde en ballon, découvriront toutes les merveilles du monde, des mets grandioses, des peuples inconnus, des plantes et des animaux... Puis ils rentreront et s'installeront à la campagne avec leur chien Norbert. Ils vieilliront ensemble avec des diamants mandarins qui chanteront à leurs fenêtres.

Bonilia Williams

Les Archives...

Apocalypse
Yves Adrien

Pierre, je mourus et fleur parus.
Plante, je mourus et animal surgis.
Animal, je mourus et homme naquis.
De quoi aurais-je peur? Par la mort qu'ai-je perdu?
Homme, je suis arraché d'ici-bas,
« Je dois porter l'aile d'un ange,
Mais ange ne resterai pas...> D'Yves ou d'Orphan, qui en cet instant couchait sept vers de Dschelâl ed Din Rûmi, maître persan du XIIIe siècle? Qu'importe la main du scribe, seul compte l'honneur de perdre son nom. Effleurement léger de l'accélérateur : la Résurrection est la dernière frontière, et l'immortalité le minimum vital; déserter la sphère des ingénues pour celle des déesses - passer des jeunes sorcières kabyles qu'on envulve à la visitation galactique des vestales dont le spasme est serein, de la lueur mauvaise des derniers trains de nuit au versant radieux et comme-déja advenu de l'Apocalypse : la Terre ne bascula-t-elle pas jadis de 23° sur son axe? D'avoir vu son fils rompu à contre-jour sur la Croix, la Vierge ne pouvait rester neutre : sa réponse sur vingt siècles est de douceur inflexible, de silence pareil à une éclosion d'heures, de lumière où s'abolit l'étrave épuisée des ténèbres.

2001, une apocalypse rock
Panégyrique

Le 23 février 1830. au soir de la première d'Hernani, Victor Hugo refusa, parait-il, qu'on levit le rideau avant que ne part à la loge d'honneur celui que, des ses jeunes années, il s'était donné pour maitre: Chateaubriand. On raconte encore que le jeune Maurice Barrès vit un jour traverser la bibliothèque du Sénat un petit homme échevelé, la barbe broussailleuse et les poches de son veston déformées, qu'on lui dit être Victor Hugo. Ce même Barrès devait recevoir sur son lit de mort la visite d'un garçon de vingt ans, Henry de Montherlant auquel à votre tour, Monsieur, le 19 juin 1957, vous rendiez votre première visite. De Chateaubriand à Matzneff court un long fleuve de gloire et de génie dont rien, ni l'opprobre des jaloux, ni l'acerbité des critiques, ni le triomphe des médiocres n'aura pu interrompre le flot. Nous saluons en vous la perpétuité de la littérature française, son éclat toujours réveillé, de génération en génération, comme une lampe d'or qui nous guide vers des lendemains escarpés. Si nos cœurs vous étaient ouverts, vous n'y trouveriez qu'admiration, reconnaissance et dévouement.
Que ces quelques mots, chargés de vous dire notre amitié, fleurissent votre front comme Platon celui de Socrate, Socrate celui d'Alcibiade, Alcibiade celui d'Alcibiade - car on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Vous êtes l'honneur de ce siècle, sa jeunesse et son courage inflexibles. Dans nos veines coule un même sang, celui des popes et des libertins, des fillettes et des artistes, comme un bain de jouvence offert à nos vingt ans. Voilà pourquoi, Monsieur, nous vous aimons et nous vous remercions.

Arthur Pauly
AUTOMNE PEREGRIN

Des brumes et des premiers songes
Des pérégrins légers
Qui saluent au loin
Les ballons dirigeables

Des mélodies amicales
Des chuchotements lointains
Des salles "des pas retrouvés"
Des nuits et des fanfares qui chuchotent
Et sèment des cailloux blancs,
Des sourires sous les écharpes
Des nuits qui font les folles
Et se prennent pour des arcs-en-ciel
À la presque nuit tombée,
Au coeur des silences taquins
Et des anges bleus
Qui se jouent des étoiles
Et jonglent
Avec les lucioles
Chut.

Eric Poindron

Les Liens...

Mosiah 14:6 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait sa propre voie; et le Seigneur a fait retomber sur lui les iniquités de nous tous.
Le testament de la Licorne
précédé des IDOLES
Oeuvres poétiques 1982-2019 de Jean Hautepierre

Le Testament de la licorne regroupe la grande majorité de l'œuvre poétique de Jean Hautepierre, exclusion faite de ses pièces de théâtre et de son épopée Le Siège, déjà publiées par ailleurs. Les textes du Testament sont inédits pour la plupart d'entre eux. Jean Hautepierre y aborde ces grands thèmes de la poésie que sont la mort, l'amour et la douleur, y joignant parfois l'occultisme et le fantastique. Quoi d'étonnant, puisqu'ils sont les grands thèmes de la vie même ? La fidélité de l'auteur au vers classique s'accompagne d'une rénovation de celui-ci qui va jusqu'à la proclamation d'une nouvelle catégorie de vers, les vers cataphractaires, longs et rythmés.

La licorne oubliée, regardait fixement
S'éloigner dans la mer de plomb, le ciel de cendre,
L'arche qui se perdait dans un vaste méandre
Et, foudroyant le monde entier dans un soupir,
Briller au loin l'éclat sombre du devenir.

On peut se procurer Le Testament de la licorne auprès des éditions Unicité, 3 sente des Vignes,91530 Saint-Chéron En commande ici ! http://www.editions-unicite.fr/

Jean Hautepierre

Ah, quel ange ignoré, quel dieu tombé des astres
Sauvera-t-il la terre et la mer et les cieux,
Éloignant à jamais le gouffre et le Désastre
Et le destin fatal de nos soleils trop vieux ?

La "montée aux extrêmes"

Il y a ceux qui martialisent l'oubli, en font une sangle
Ceux qui font du trafic de Mal
L'Art a enrobé le silence au final, verbiage pur
Le songe, la souche et le terril se battent les flancs jusqu'en Castille -
Nous fuirons dans le silence, généreusement invoqué par l'homme vieux

DEFALVARD Marien
La licorne oubliée, regardait fixement
S'éloigner dans la mer de plomb, le ciel de cendre,
L'arche qui se perdait dans un vaste méandre
Et, foudroyant le monde entier dans un soupir,
Briller au loin l'éclat sombre du devenir.

On peut se procurer Le Testament de la licorne auprès des éditions Unicité, 3 sente des Vignes,91530 Saint-Chéron En commande ici ! http://www.editions-unicite.fr/